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— Que vous enseigne-t-il donc ?

— Des bêtises, à notre sens.

— Comment, des bêtises ?

— Sérioja ! Tu te trompes ; c’est une calomnie ! s’écria mon oncle tout rouge et confus. Ce sont des imbéciles qui ne comprennent pas ce qu’il leur dit !... Et toi, qu’as-tu à crier de la sorte ? — continua-t-il en s’adressant d’un ton de reproche au paysan qui avait porté la parole. — On te veut du bien et, sans rien comprendre, tu t’égosilles !

— Pardon, mon oncle, et la langue française ?

— Mais c’est pour la prononciation ; rien que pour la prononciation ! — et sa voix était suppliante. Il me l’a dit lui-même, que c’était pour la prononciation... Et puis, il y a autre chose... Tu n’es pas au courant ; par conséquent, tu ne peux juger ! Il faut se renseigner avant d’accuser, mon cher... Il est facile d’accuser !

— Mais vous, que faites-vous donc ? dis-je aux paysans. Vous n’avez qu’à lui dire tout simplement : « Vous voulez des choses impossibles, voici comment il faut faire ! » Vous avez une langue, il me semble !

— Montre-moi la souris qui pendra une clochette au cou du chat ! Il nous dit toujours : « Sale paysan, je veux t’apprendre l’ordre et la