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le plongeait dans une adoration d’autant plus désintéressée que, pour son compte, il ne savait absolument rien.

— Ah ! me dit-il un jour, il est de par le monde des gens qui savent tout ! et ses yeux brillaient d’admiration. — On est là ; on les écoute, tout en sachant qu’on ne sait rien, tout en ne comprenant rien à ce qu’ils disent et l’on s’en réjouit dans son cœur. Pourquoi ? Parce que c’est la raison, l’utilité, le bonheur de tous. Cela, je le comprends. Déjà, je voyage en chemin de fer, moi ; mais peut-être mon Ilucha volera-t-il dans les airs... Et enfin, le commerce, l’industrie... ces sources, pour ainsi dire... j’entends que tout cela est utile... C’est utile, n’est-ce pas ?

Mais revenons à mon arrivée.

— Attends, mon ami, attends commença-t-il en se frottant les mains et en hâtant le pas. Je vais te présenter à un homme rare, à un savant qui sera célèbre dans ce siècle ; c’est Foma lui-même qui me l’a expliqué... Tu vas faire sa connaissance.

— C’est de Foma Fomitch que vous voulez parler, mon cher oncle ?

— Non, non, mon ami ! C’est de Korovkine que je te parle. Foma aussi est un homme remar-