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C’est pour la punition de mes péchés que Dieu m’a envoyé ce Foma. J’ai un cœur de femme ; aucune constance ! Je suis un lâche de premier ordre.

Nous nous quittâmes amicalement. Il m’invita même à dîner.

— Viens me voir, petit père, viens dîner avec moi ; mon eau-de-vie vient à pied de Kiev et mon cuisinier de Paris. Il vous sert des plats, des pâtés dont on se lèche les doigts, en le saluant jusqu’à terre, la canaille ! Un gaillard qui a de l’instruction, quoi ! Il y a longtemps que je ne lui ai fait donner les verges et il commence à faire des siennes... mais maintenant que vous m’y avez fait penser !... Viens ! Je t’aurais invité aujourd’hui même, mais je suis rompu ; c’est à peine si je puis me tenir sur mes jambes. Je suis un homme malade et mou. Peut-être ne le croyez-vous pas ?... Eh bien, adieu, petit père. Il est temps que je me mette en route, et, d’ailleurs, voici que notre tarantass est aussi réparé. Dites à Foma qu’il ne paraisse jamais devant moi s’il ne veut pas que cette rencontre soit si touchante qu’il...

Mais les derniers mots ne parvinrent pas jusqu’à moi ; enlevée par ses quatre vigoureux chevaux, la voiture avait disparu dans un tourbillon