Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/55

Cette page a été validée par deux contributeurs.


en ce cas, c’est ma fête aussi ! » Mais c’est la Saint-Élie et non la Saint-Foma ! « Non ; c’est aussi ma fête ! » J’entends ça mais je patiente encore. Ils étaient tous à marcher sur la pointe des pieds en se demandant que faire. Fallait-il lui souhaiter sa fête ou non ? Si on ne la lui souhaitait pas, il pouvait se formaliser ; si on la lui souhaitait, il prendrait peut-être ça pour une moquerie. Quelle situation ! Enfin, on se met à table... M’écoutes-tu, petit père ?

— Comment donc, si je vous écoute ! mais avec le plus grand plaisir... J’apprends énormément... J’avoue...

— Oui, le plus grand plaisir ! Je le connais, ton plaisir... Je crois bien que tu te fiches de moi ?

— Que dites-vous ? Bien au contraire ! Vous vous exprimez avec une telle originalité, que j’aurais presque envie de noter vos paroles.

— Comment ça, noter ? demanda M. Bakhtchéiev avec appréhension, en me regardant d’un air soupçonneux.

— Oh ! je ne dis pas que je les noterai... c’est une façon de parler.

— Je crois que tu me fais marcher, petit père !