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j’allais aussi me mettre à quatre pattes devant lui ; il pouvait compter là-dessus ! J’ai servi au même régiment que votre oncle, mais j’ai démissionné dès le grade de major, tandis que Yégor Ilitch n’a quitté le service que l’année passée, étant colonel, pour aller vivre dans ses terres. Je lui ai dit : « Vous êtes tous perdus, si vous vous pliez aux caprices de Foma. Ça vous en coûtera, des larmes ! » — « Non, — me répondit-il, — c’est un excellent homme ; c’est mon ami ; il m’enseigne la vertu ! » Qu’est-ce que l’on peut dire contre la vertu ? Si vous saviez à quel propos il a fait une histoire, aujourd’hui ! Écoutez ça. Demain, c’est la Saint-Élie — ici, M. Bakhtchéiev se signa dévotement, — et, par conséquent, la fête d’Ilucha. Je comptais passer la journée et dîner avec eux. Je fais venir de la capitale un jouet magnifique ; ça représente un Allemand baisant la main de sa fiancée qui essuie une larme (je ne le donne plus ; je le remporte ; il est dans ma voiture ; le nez de l’Allemand est même cassé), Yégor Ilitch ne demandait pas mieux que de s’amuser un peu en un pareil jour ; mais Foma s’y oppose : « Qu’a-t-on à s’occuper tant d’Ilucha ? Alors, moi, je ne compte plus ? » réclame-t-il. Qu’en pensez-vous ? Le voilà jaloux d’un gamin de huit ans ! « C’est bien, reprend-il :