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possèdes rien, car ton père ne t’a point laissé de fortune — Vassiliev envenimait son récit à plaisir. — C’était un gentilhomme venu, on ne sait d’où ; comme toi, il vivait chez les seigneurs et mangeait à la cuisine. Mais je vais te donner Kapitonovka ; tu seras un propriétaire foncier avec des serviteurs ; tu n’auras plus qu’à te la couler douce... »

Mais le gros homme n’écoutait plus. L’effet que lui produisit le récit de l’ivrogne fut extraordinaire. Il en devint violet ; son double menton tremblait ; ses petits yeux s’injectèrent de sang.

— Il ne manquait plus que cela ! fit-il, suffoqué. Cette racaille de Foma va devenir propriétaire ! Pouah !... Allez tous au diable. Dépêchez-vous, là-bas, que je m’en aille !

Je m’avançais résolument et je lui dis.

— Permettez-moi un mot. Vous venez de parler de Foma Fomitch ; il doit s’agir d’Opiskine, si je ne me trompe point. Je voudrais... en un mot, j’ai des raisons de m’intéresser à cet homme, et je désirerais savoir quelle foi on peut ajouter à ce que dit ce brave garçon que son maître, Yégor Ilitch Rostaniev, veut faire don d’un village à ce Foma. Cela m’intéresse énormément et je...

— Permettez-moi de vous demander, à mon tour, pourquoi vous vous intéressez à cet homme (c’est