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était devenu veuf. C’était le possesseur de Michino, le petit village où s’était enfui Obnoskine en compagnie de Tatiana Ivanovna.

Terrible chicanier, ce fonctionnaire, qui avait six enfants d’un premier lit, soupçonna que la Pérépélitzina possédait quelque argent, et il présenta sa demande, qui fut immédiatement acceptée. Mais elle était plus pauvre qu’un rat d’église. Elle ne possédait en tout et pour tout que les trois cents roubles que Nastenka lui donna en cadeau de mariage.

Actuellement, le mari et la femme se battent du matin au soir. Elle passe son temps à tirer les cheveux de ses enfants, à leur distribuer des taloches et à griffer la figure de son mari (du moins à ce qu’on dit), en lui reprochant à tout instant sa qualité de fille d’un lieutenant-colonel.

Mizintchikov aussi s’est casé. Ayant sagement abandonné ses vues sur Tatiana Ivanovna, il se mit à étudier l’agriculture. Mon oncle le recommanda à un comte, riche propriétaire qui possédait trois mille âmes à environ quatre-vingt verstes de Stépantchikovo, et qui venait parfois visiter ses biens. Frappé des capacités de Mizintchikov et prenant en considération la recommandation de mon oncle, le comte proposait à l’ancien