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colie et se rappellent chacune de ses paroles, et ce qu’il mangeait, et ce qu’il aimait. Ses vêtements sont conservés comme de précieuses reliques.

Seuls tous deux, mon oncle et sa femme ne s’en sont attachés que davantage. Dieu ne leur a pas envoyé d’enfants ; mais, bien qu’ils en souffrent, ils n’osent se plaindre. Sachenka est depuis longtemps la femme d’un homme charmant, et Ilucha fait ses études à Moscou, de sorte que les deux époux vivent seuls.

Ils s’adorent. La préoccupation que chacun d’eux a de l’autre est véritablement touchante. Nastia ne cesse de prier pour son mari. Il me semble que si l’un d’eux venait à mourir, l’abandonné ne pourrait survivre huit jours. Mais que Dieu leur donne longue vie !

Ils reçoivent avec une charmante amabilité et sont toujours prêts à partager leur avoir avec les malheureux. Nastenka aime à lire la Vie des Saints et prétend que les œuvres ordinaires ne sont pas suffisantes, qu’il faudrait tout donner aux indigents et vivre heureux dans la pauvreté. Si ce n’était le souci d’Ilucha et de Sachenka, il y aurait longtemps que mon oncle l’aurait écoutée, car il est en tout de l’avis de sa femme.