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II

monsieur rakhtchéiev


J’approchais du but de mon voyage. En traversant la petite ville de B..., qui n’est plus qu’à dix verstes de Stépantchikovo, je dus m’arrêter chez un maréchal ferrant pour faire réparer l’un des moyeux de mon tarantass. C’était là un travail sans grande importance, et je résolus d’en attendre la fin avant de terminer mes dix verstes.

Ayant mis pied à terre, je vis un gros monsieur qu’une nécessité analogue avait, comme moi, contraint de s’arrêter. Depuis une grande heure, il était là, suffoqué par la chaleur torride ; il criait et jurait avec une impatience hargneuse et s’efforçait d’activer le travail des ouvriers. Au premier coup d’œil, ce monsieur était un grincheux d’habitude. Il pouvait avoir quarante-cinq ans. Son énorme opulence, son double menton, ses joues bouffies et grêlées disaient une plantureuse existence de hobereau. Il y avait dans son visage quelque chose