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une grave affaire, accompagnée de reproches, de gémissements, de cris. Foma s’était réfugié dans sa chambre et, s’y étant enfermé, il clamait qu’on le dédaignait, que des « gens nouveaux » s’étaient introduits dans la famille et qu’il était tout au plus un copeau bon à jeter dehors. Mon oncle était désolé. Nastenka pleurait ; la générale, selon sa coutume en pareil cas, avait une crise de nerfs... La fête ressemblait plutôt à un enterrement.

Cette vie se prolongea pour mon oncle, et, pour la pauvre petite Nastia, pendant sept ans de cohabitation avec Foma Fomitch qui mourut l’an dernier. Jusqu’au jour de sa mort, il ne fit que des siennes, sans parvenir jamais à lasser l’adoration de « ceux dont il avait fait le bonheur ». Tout au contraire, elle ne fit que croître de jour en jour et proportionnellement à l’extravagance de ses caprices.

Yégor Ilitch et Nastenka étaient si heureux qu’ils tremblaient pour une félicité dont Dieu s’était montré par trop prodigue, à leur gré. Ils ne pouvaient se reconnaître dignes de pareils bienfaits et étaient persuadés qu’il leur faudrait les payer plus tard par des souffrances.

On pense bien que, dans cette douce maison, Foma faisait la pluie et le beau temps. Et que ne