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donner des nouvelles de Korovkine. Je voulais lui en demander ce tantôt, car je l’ai chargé de surveiller le dormeur. De quoi s’agit-il, Vidopliassov ?

— De mon changement de nom. Vous m’avez promis votre haute protection contre les insultes dont on ne cesse de m’abreuver chaque jour.

— Encore ce nom ! fit mon oncle, effrayé.

— Que faire ? Ce sont des insultes de toutes les heures...

— Ah ! Vidopliassov ! Vidopliassov ! Je ne sais que devenir avec toi, gémit mon oncle avec tristesse. Voyons, quels torts peux-tu avoir à supporter ? Tu vas devenir fou et tu finiras tes jours dans une maison d’aliénés.

— Il me semble cependant que mon intelligence... — commença Vidopliassov.

— Bon ! bon ! mon cher, répartit mon oncle. Je ne dis cela que pour ton bien et non pour te faire de la peine. Raconte-moi donc tes griefs : je parie que ce ne sont que bagatelles.

— La vie m’est devenue impossible.

— Par la faute de qui ?

— Par celle de tout le monde, mais spécialement de Matriona, qui fait le malheur de mon existence. Toutes les personnes de marque qui ont pu me voir depuis mon enfance, ont toujours