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— Il me semble, mon oncle, que votre conduite était toute naturelle !

D’un geste, mon oncle m’imposa silence.

— Non, non, mon cher, ne dis rien ! Tout cela ne provient que de ma nature vicieuse, de ce que je suis un ténébreux égoïste et que je lâche la bride à mes passions. D’ailleurs, Foma le dit aussi. (Qu’aurais-je pu répondre à cela !) Tu ne peux t’imaginer, Sérioja, combien de fois je fus grincheux, impitoyable, injuste, arrogant, et non pas seulement avec Foma. Tout cela m’est revenu en tête et j’ai honte de n’avoir rien fait jusqu’ici qui me rende digne d’un pareil bonheur. Nastia le disait aussi tout à l’heure, mais, en vérité, je ne vois pas les péchés qu’elle peut bien avoir commis, car c’est un ange. Elle vient de me dire que nous sommes de grands débiteurs devant Dieu, qu’il nous faut tâcher de devenir meilleurs, de faire beaucoup de bien. Si tu avais entendu avec quelle chaleur, en quels termes elle disait tout cela. Mon Dieu ! Quelle délicieuse jeune fille !

Il s’arrêta un instant sous le coup de l’émotion. Puis il reprit :

— Nous avons décidé d’être aux petits soins pour Foma, pour ma mère et pour Tatiana Ivanovna. Quelle noble créature aussi que celle-là !