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— Je veux aimer l’homme ! criait Foma, et on me le prend ! On m’empêche d’aimer l’homme ! on m’arrache l’homme ! Donnez, donnez-moi l’homme que j’aime ! Où est-il, cet homme ? Où s’est-il caché ? Pareil à Diogène avec sa lanterne, je l’ai cherché pendant toute mon existence, et je ne peux pas le trouver et je ne pourrai aimer personne tant que je n’aurai pas trouvé cet homme ! Malheur à celui qui a fait de moi un misanthrope ! Je crie : donnez-moi l’homme que je l’aime et l’on me pousse Falaléi ! Aimerais-je Falaléi ? Voudrais-je aimer Falaléi ? Pourrai-je enfin aimer Falaléi, alors même que je le voudrais ? Non ! Pourquoi ? Parce qu’il est Falaléi ! Pourquoi je n’aime pas l’humanité ? Mais parce que tout ce qui est au monde est Falaléi ou lui ressemble ! Je ne veux pas de Falaléi ! Je hais Falaléi ! Je crache sur Falaléi ! J’écraserai Falaléi ! et, s’il eût fallu choisir, j’eusse préféré Asmodée à Falaléi. Viens, viens ici, mon éternel bourreau ; viens ici ! cria-t-il tout à coup à l’infortuné Falaléi qui se tenait innocemment derrière la foule groupée autour de Foma Fomitch et, tirant par la main le pauvre garçon à moitié fou de peur, il continua : — Viens ici !... Colonel ! je vous prouverai la véracité de mes dires, la réalité de ces continuelles railleries dont je me plaignais ! Dis-