Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/361

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Écoute, Foma, je t’ai fait de la peine. Toute ma vie, tout mon sang ne suffiront pas à racheter cela ; aussi, je me tais et je ne cherche même pas à m’excuser. Mais, si jamais tu as besoin de ma tête, s’il te faut ma vie, s’il est nécessaire que je me précipite dans un gouffre béant, ordonne seulement, et tu verras ! Je ne t’en dis pas plus, Foma !

Et mon oncle fit un geste exprimant l’impossibilité où il était de découvrir une expression plus énergique de sa pensée ; pour le surplus, il se contenta d’attacher sur Foma des yeux brillants de larmes reconnaissantes.

— Voilà l’ange qu’il est ! piaula la Pérépélitzina comme un cantique de louanges à Foma.

— Oui, oui ! fit à son tour Sachenka. Je ne me doutais pas que vous fussiez aussi brave homme, Foma Fomitch, et soyez sûr que, désormais, je vous aimerai de tout mon cœur. Vous ne pouvez vous imaginer à quel point je vous estime !

— Oui, Foma ! fit Bakhtchéiev, daigne aussi me pardonner. Je ne te connaissais pas ! je ne te connaissais pas ! Toute ma maison est à ton service ! Ce qui serait tout à fait bien, c’est que tu viennes me voir après-demain, avec la mère générale et les fiancés... et toute la famille. Je vous ferai servir un de ces dîners ! Je ne veux