Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/34

Cette page a été validée par deux contributeurs.


vieille dame, notre parente, et nous attachâmes ce trophée à la queue d’un cerf-volant que je lançai dans les nuages.

Beaucoup plus tard, en une bien courte rencontre avec mon oncle à Pétersbourg, je pus achever l’étude de son caractère. Cette fois encore, je m’étais attaché à lui de toute l’ardeur de ma jeunesse. Il avait quelque chose de franc, de noble, de doux, de gai et de naïf à la fois qui attirait les sympathies et m’avais profondément impressionné.

Après ma sortie de l’Université, je restai quelques temps oisif à Pétersbourg et, comme il arrive souvent aux blancs-becs, bien persuadé que j’allais sous peu accomplir quelque chose de grandiose. Je ne tenais guère à quitter la capitale et n’entretenais avec mon oncle qu’une correspondance assez rare, seulement lorsque j’avais à lui demander de l’argent qu’il ne refusait jamais.

Venu pour affaires à Pétersbourg, l’un de ses serfs m’avait appris qu’il se passait à Stépantchikovo des choses extraordinaires. Troublé par ces nouvelles, j’écrivis plus souvent.

Mon oncle me répondit par des lettres étranges, obscures, où il ne m’entretenait que de mes études et s’enorgueillissait par avance de mes futurs