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— Petite mère ! ma chérie ! criait-elle, ne l’épouse pas ! Ne l’épouse pas et supplie-le de faire revenir Foma Fomitch ! Mon ange ! chère Nastassia Evgrafovna ! Je te donnerai, je te sacrifierai tout si tu ne l’épouses pas. Je n’ai pas dépensé tout ce que je possédais ; il me reste encore quelque argent de mon défunt mari. Tout est à toi ; je te comblerai de biens ; Yégorouchka aussi ! mais ne me mets pas vivante au cercueil ! demande-lui de ramener Foma Fomitch !

La vieille dame aurait poursuivi ses lamentations et ses divagations si, indignées de la voir à genoux devant une institutrice à gages, la Pérépélitzina et les autres femmes ne s’étaient précipitées pour la relever au milieu des cris et des gémissements. L’émotion de Nastenka était telle qu’elle ne pouvait qu’à peine se tenir debout. La Pérépélitzina se mit à pleurer de dépit.

— Vous allez tuer votre mère ! criait-elle à mon oncle ; on va la tuer. Et vous, Nastassia Evgrafovna, comment pouvez-vous brouiller une mère avec son fils ? Dieu le défend !

— Anna Nilovna, dit mon oncle, retenez votre langue ! j’ai assez souffert !

— Et moi, ne m’avez-vous pas fait souffrir aussi ? Pourquoi me reprochez-vous ma situation