Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/314

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Il est vrai que nous n’avons pas pris la place,
Mais nous pouvons jurer
Sur notre conscience et notre honneur,
Que nous n’avons pas
Trahi une seule fois notre vœu,
Depuis neuf ans que nous n’avons
Rien mangé, absolument rien
Que du lait !

— Quel imbécile ! Il se console facilement ! interrompit encore mon oncle, parce qu’il a bu du lait pendant neuf ans ! La belle affaire ! Il eût mieux fait de manger un mouton à lui seul et de laisser manger ses hommes ! C’est très bien ; c’est magnifique ! Je comprends ; je comprends à présent : c’est une satire ou... comment appelle-t-on ça ?... une allégorie, quoi ! Ça pourrait bien viser certain guerrier étranger ? ajouta-t-il en se tournant vers moi, les sourcils froncés et clignant de l’œil, hein ? Qu’en penses-tu ? Seulement, c’est une satire inoffensive qui ne peut blesser personne ! C’est très beau ! très beau ! et c’est d’une grande noblesse ! Voyons, continue, Ilucha ! Ah ! les polissonnes ! les polissonnes ! et il regardait avec attendrissement Sachenka et plus furtivement Nastenka qui souriait en rougissant.

— Encouragés par ce discours,
Les dix-neuf Castillans