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— « Le siège de Pamba » ! Ah ! je ne me rappelle pas ce qu’était cette Pamba... Connais-tu ça, Sérioja ? Sûrement, il a dû se passer là quelque chose d’héroïque, et mon oncle se redressa encore.

— Récite, Ilucha, ordonna Sachenka.

Ilucha commença sa récitation d’une voix grêle, claire et égale, sans s’arrêter aux points ni aux virgules, suivant la coutume des enfants qui débitent des poésies apprises par cœur.

Depuis neuf ans, Pedro Gomez
Assiège le château de Pamba,
Ne se nourrissant que de lait.
Et toute l’armée de don Pedro,
Au nombre de neuf mille Castillans,
Obéit au vœu prononcé,
Ne mange même pas de pain
Et ne boit que du lait.

— Comment ? Qu’est-ce ? Qu’est-ce que ce lait ? s’exclama mon oncle en me regardant avec étonnement.

— Continue à réciter ! fit Sachenka.

Chaque jour, don Pedro Gomez
Déplore son impuissance
En se voilant la face.
Déjà commence la dixième année ;
Et les méchants Maures triomphent,
Car, de l’armée de don Pedro,
Il ne reste plus que dix-neuf hommes...