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Nastenka lui avaient appris des vers en cachette, pour que le plaisir de son père en ce jour fût encore augmenté par les progrès de son fils.

L’oncle était prêt à pleurer de bonheur ; la douceur inattendue de Foma, la gaieté de la générale, la fête d’Ilucha, les vers, tout cela l’avait absolument réjoui et il avait solennellement demandé l’autorisation de m’envoyer chercher, afin que j’entendisse les vers et que je prisse ma part de la satisfaction générale. Sacha et Nastenka, entrées après nous, s’étaient assises à côté d’Ilucha. Sacha riait à chaque instant, heureuse comme une enfant et, bien que pâle et languissante, Nastenka finissait par sourire de la voir. Seule, elle avait été accueillir Tatiana au retour de son expédition et ne l’avait plus quittée depuis ce moment.

L’espiègle Ilucha regardait ses deux institutrices comme s’il n’eût pu se retenir de rire. Ils devaient avoir tous trois préparé une très amusante plaisanterie qu’ils s’apprêtaient à mettre en œuvre.

J’avais complètement oublié Bakhtchéiev. Assis sur une chaise, toujours rouge et fâché, il ne soufflait mot et boudait, se mouchait, dressant une silhouette lugubre au milieu de cette fête de famille. Éjévikine s’empressait auprès de lui. Il était d’ailleurs aux petits soins pour tout le monde,