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pauvres gens. Tu es peut-être un major, un colonel ou même une Excellence... Nous ne savons même pas comment t’adresser la parole.

— Imbécile ! reprit Foma, s’adoucissant, il y a appointements et appointements, tête de bois ! Il en est qui ont le grade de général et qui ne reçoivent rien, parce qu’ils ne rendent aucun service au tsar. Moi, quand je travaillais pour un ministre, j’avais vingt mille roubles par an, mais je ne les touchais pas ; je travaillais pour l’honneur, me contentant de ma fortune personnelle. J’ai abandonné mes appointements au profit de l’instruction publique et des incendiés de Kazan.

— Alors, c’est toi qui as rebâti Kazan ? reprenait le paysan étonné, car, en général, Foma Fomitch étonnait les paysans.

— Mon Dieu, j’en ai fait ma part, répondait-il négligemment, comme s’il s’en fût voulu d’avoir honoré un tel homme d’une telle confidence.

Ses entretiens avec mon oncle étaient d’une autre sorte.

— Qu’étiez-vous avant mon arrivée ici ? disait-il, mollement étendu dans le confortable fauteuil où il digérait un déjeuner copieux, pendant qu’un domestique placé derrière lui s’évertuait à chasser les mouches avec un rameau de tilleul. À quoi res-