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il ne prononça pas une parole et ne me laissa pas non plus parler. Je m’attendais à quelque chose d’extraordinaire, et je ne me trompais pas. À peine fûmes-nous entrés qu’il se trouva mal. Il était pâle comme un mort. Je l’aspergeai d’eau froide en me disant qu’il s’était certainement passé quelque chose d’affreux pour qu’un pareil homme s’évanouît.

— Mon oncle, qu’avez-vous ? lui demandai-je.

— Tout est perdu, Serge. Foma vient de me surprendre dans le jardin, avec Nastenka, au moment où je l’embrassais.

— Vous l’embrassiez... au jardin ! m’écriai-je en le regardant avec stupeur.

— Au jardin, mon ami. J’ai été entraîné au péché. J’y étais allé pour la rencontrer. Je voulais lui parler, lui faire entendre raison à ton sujet, certainement ! Elle m’attendait depuis une heure derrière l’étang, près du banc cassé... Elle y vient souvent, quand elle a besoin de causer avec moi.

— Souvent, mon oncle ?

— Souvent, mon ami ! Pendant ces derniers temps, nous nous y sommes rencontrés presque chaque nuit. Mais ils nous ont indubitablement espionnés ; je sais qu’ils nous ont guettés et que c’est l’ouvrage d’Anna Nilovna. Nous avions inter-