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— Hélas ! mon ami. Cela me brise le cœur, mais ma résolution est prise. Demain je présenterai ma demande ; la noce sera simple ; il vaut mieux que tout se passe en famille. Tu pourrais être garçon d’honneur. J’en ai déjà touché deux mots pour qu’on ne te fît pas partir. Que veux-tu, mon ami ? Ils disent que cela grossira l’héritage des enfants et que ne ferait-on pas pour ses enfants ? On marcherait sur la tête, pour eux, et ce n’est que justice. Il faut bien que je fasse quelque chose pour ma famille. Je ne puis rester toute ma vie un inutile.

— Mais, mon oncle, c’est une folle ! m’écriai-je, m’oubliant. Mon cœur se serrait douloureusement.

— Allons ! pas si folle que ça. Pas folle du tout, mais elle a eu des malheurs... Que veux-tu, mon ami, je serais heureux d’en prendre une qui aurait sa raison... Cependant, il en est qui, avec toute leur raison... Et si tu savais comme elle est bonne ; quelle noblesse de sentiments !

— Oh ! mon Dieu ! voilà donc qu’il se soumet ! m’écriai-je avec désespoir.

— Mais que veux-tu que j’y fasse ? On me le conseille pour mon bien et puis, j’ai toujours eu le pressentiment que, tôt ou tard, je ne pourrais l’éviter et que je serais contraint à ce mariage.