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tout ! Ah ! pourquoi les hommes sont-il méchants ? pourquoi se fâchent-ils ? pourquoi se haïssent-ils ? Oh ! que j’aurais voulu pouvoir leur expliquer cela ! Je leur aurais ouvert mon cœur ! Mon Dieu !

— Mon oncle, tout cela est très joli ; mais il y a un mais ; elle m’a refusé !

— Elle t’a refusé ! Hum ! j’en avais presque le pressentiment, qu’elle te refuserait ! fit-il tout pensif. Puis il reprit : — Mais non ; tu as mal compris ; tu as sans doute été maladroit ; tu l’as peut-être froissée ; tu lui auras débité des fadaises... Allons, Serge, raconte-moi encore comment ça c’est passé !

Je recommençais mon récit circonstancié. Quand j’en fus à lui dire que Nastenka voulait s’éloigner pour le sauver de Tatiana Ivanovna, il sourit amèrement.

— Me sauver ! dit-il, me sauver jusqu’à demain matin !

— Vous ne voulez pas me faire entendre que vous allez épouser Tatiana Ivanovna ? m’écriai-je, très effrayé.

— Et comment donc aurais-je obtenu que Nastia ne fût pas renvoyée demain ? Je dois faire ma demande demain ; j’en ai fait la promesse formelle.

— Vous êtes fermement décidé, mon oncle ?