Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/252

Cette page a été validée par deux contributeurs.



Mon oncle eut un geste d’impatience à la fois énergique et fébrile.

— Moi ? Amoureux d’elle ? Mais ils sont tous fous, ou bien c’est un véritable complot. Mais pourquoi donc t’aurais-je fait venir sinon pour leur prouver qu’ils ont tous perdu la raison ? Pourquoi chercherais-je à te la faire épouser ? Moi ? Amoureux ? Amoureux d’elle ? Mais ils ont tous perdu la tête ; voilà tout !

— Quoi qu’il en soit, mon oncle, laissez-moi vous parler à cœur ouvert. Très sérieusement, je n’ai rien à dire contre un pareil projet. Au contraire, si vous l’aimez, j’y verrais son bonheur ? Alors que le Seigneur vous l’accorde et vous donne amour et prospérité !

— Mais enfin, que dis-tu ? cria mon oncle avec une émotion qui ressemblait à de l’horreur. Je suis stupéfait que tu puisses parler ainsi de sang-froid... tu as toujours l’air pressé d’arriver ; je l’ai déjà remarqué... Mais c’est insensé, ce que tu dis là. Voyons, comment pourrais-je épouser celle que je regarde comme ma fille et que j’aurais honte de considérer autrement, car ce serait un véritable péché ! Je suis un vieillard, et elle, c’est une fleur. Foma me l’a parfaitement expliqué en se servant de ces mêmes termes. Mon cœur déborde pour