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voix. Il est probable qu’on l’a empêchée de vous rejoindre.

— Évidemment on l’en a empêchée. Que va-t-elle devenir ? Ah ! tête chaude ! orgueilleuse ! Mais où va-t-elle ? Où ? Ah ! toi, tu es bon ! mais pourquoi t’a-t-elle refusé ? C’est stupide ! Tu devrais lui plaire ! Pourquoi ne lui plais-tu pas ? Mais réponds donc, pour l’amour de Dieu ! Qu’as-tu à rester ainsi ?

— Pardonnez-moi, mon oncle : que répondre à de pareilles questions ?

— Mais c’est impossible ! Tu dois... tu dois l’épouser ! Ce n’est que pour cela que je t’ai dérangé et que je t’ai fait venir de Pétersbourg. Tu dois faire son bonheur. On veut la chasser d’ici, mais quand elle sera ta femme, ma propre nièce, on ne la chassera pas. Où veut-elle aller ? Que fera-t-elle ? Elle prendra une place de gouvernante ? Mais, c’est idiot ! Comment vivra-t-elle en attendant de trouver une place ? Le vieux a sur les bras neuf enfants qui meurent de faim. Elle n’acceptera pas un sou de moi, si elle s’en va avec son père à cause de ces méchants commérages. Et qu’elle s’en aille ainsi, c’est terrible ! Ici, ce sera un scandale ; je le sais. Tout ce qu’elle a pu toucher d’argent a été mangé au fur et à mesure ;