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l’a déclaré aujourd’hui et elle m’a chargé de vous faire ses adieux. Le saviez-vous ?

Mon oncle restait là, devant moi, la bouche ouverte. Il me sembla qu’un frisson l’agitait et que des gémissements s’échappaient de sa poitrine. Sans perdre un instant, je lui fis un récit hâtif et détaillé de mon entretien avec Nastia. Je lui dis ma demande, et son refus catégorique, et sa colère contre lui, qui n’avait pas craint de me faire venir. Je lui dis que, par son départ, elle espérait le sauver de ce mariage avec Tatiana Ivanovna. En un mot, je ne lui cachai rien et j’exagérai même, intentionnellement, tout ce que ces nouvelles pouvaient avoir de désagréable pour lui, car j’espérais lui inspirer des mesures décisives à la faveur d’une grande émotion. Son émotion fut grande en effet. Il s’empoigna la tête en poussant un cri.

— Où est-elle, sais-tu ? Que fait-elle en ce moment ? parvint-il enfin à prononcer, pâle d’effroi. Puis il ajouta avec désespoir : — Et moi, imbécile, qui venais ici, bien tranquille, croyant que tout allait le mieux du monde !

— Je ne sais où elle est maintenant ; mais tout à l’heure, quand ces cris ont éclaté, elle courut vous trouver pour vous dire tout cela de vive