Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/248

Cette page a été validée par deux contributeurs.


On voulait la chasser, tout simplement ; ils exigeaient de moi son renvoi. Tu t’imagines ma situation !... Mais, grâce à Dieu, voici tout arrangé. Vois-tu, je ne veux rien te cacher ; ils m’en croyaient amoureux et se figuraient que je voulais l’épouser, que je volais à ma perte en un mot, car ce serait en effet ma perte ; ils me l’ont expliqué... Alors, pour me sauver, ils avaient décidé de la faire partir... Tout cela vient de maman et d’Anna Nilovna. Foma n’a encore rien dit. Mais je les ai tous dissuadés et j’avoue t’avoir déclaré officiellement fiancé à Nastenka. J’ai dit que tu n’étais venu qu’à ce titre. Ça les a un peu tranquillisés, et maintenant, elle reste, à titre d’essai, c’est vrai, mais elle reste. Et tu as même grandi dans l’opinion générale quand on a su que tu recherchais sa main. Du moins, maman a paru se calmer. Seule, Anna Nilovna continue à grogner. Je ne sais plus qu’inventer pour lui plaire. En vérité, qu’est-ce qu’elle veut ?

— Mon oncle, dans quelle erreur n’êtes-vous pas ? Mais sachez donc que Nastassia Evgrafovna part demain, si elle n’est pas déjà partie ! Sachez que son père n’est venu aujourd’hui que pour l’emmener ! C’est dès à présent décidé : elle-même me