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trouvé quelque chose d’autre, je parie ! Est-ce vrai, Grigori ? Allons, avoue !

— En effet, voici longtemps déjà que je voulais mettre à vos pieds un nouveau nom, mais beaucoup plus noble.

— Et c’est ?

— Essboukétov.

— Et tu n’as pas honte, Grigori, tu n’as pas honte ? Un nom de pommade ! Toi, un homme intelligent, c’est tout ce que tu as trouvé et, sans doute, après de laborieuses recherches. Allons, on voit ça sur les flacons de parfums !

— Écoutez, mon oncle, fis-je à demi-voix, c’est un imbécile, le dernier des imbéciles !

— Qu’y faire, mon cher ? répondit tout bas mon oncle, ils disent tous qu’il est remarquablement intelligent et que ce sont les nobles sentiments qui l’agitent...

— Mais, renvoyez-le pour l’amour de Dieu !

— De grâce, Grigori, écoute-moi ! dit mon oncle d’une voix aussi suppliante que s’il eût eu peur de Vidopliassov lui-même. Réfléchis, mon ami : n’ai-je de temps que pour écouter tes plaintes ? Tu te plains qu’on t’ait encore insulté ? Bon ! je te donne ma parole de m’en occuper dès demain. Mais, pour le moment, va-t-en ; Dieu soit avec