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— Alors, il veut faire éditer ses vers, mon oncle ?

— Oui ; c’est décidé. L’édition sera faite à mes frais. Le premier feuillet mentionnera qu’il est mon serf et dans l’introduction l’auteur exprimera, en quelques mots, toute sa gratitude envers Foma, qui l’a instruit et auquel le livre sera dédié. C’est Foma qui écrira la préface. Cela s’appellera : « Les Rêveries de Vidopliassov »...

— Non, « les Gémissements de Vidopliassov », corrigea le laquais.

— Eh bien, tu vois ? Les gémissements... avec ce nom ridicule et qui, selon Foma, révolte la délicatesse et le bon goût !... D’autant plus que tous ces critiques semblent très portés à la raillerie, et particulièrement Brambéus... Rien ne les arrête et le nom leur serait un prétexte à quolibets. Je lui dis qu’il n’a qu’à signer de n’importe quel nom (cela se nomme, je crois, un pseudonyme). « Non, me répondit-il, ordonnez à toute votre domesticité de me donner un nouveau nom, un nom convenant à mon talent. »

— Et je parie que vous avez consenti, mon oncle ?

— Oui, Sérioja, et principalement pour ne pas avoir de discussions avec eux. Il y avait justement