Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/238

Cette page a été validée par deux contributeurs.


mon néant et que je ne suis qu’un ver sur la terre ; il m’a enseigné ma destinée.

— Voici, Sérioja, fit mon oncle avec sa précipitation accoutumée. Ce garçon vécut à Moscou depuis son enfance. Il était domestique chez un professeur de calligraphie. Si tu voyais comme il a bien profité des leçons de son maître ! il écrit avec des couleurs, avec de l’or ; il dessine ; en un mot, c’est un artiste. Il enseigne l’écriture à Ilucha et je lui paie un rouble cinquante kopeks la leçon ; c’est le prix fixé par Foma. Il donne des leçons chez d’autres propriétaires qui le rétribuent également. Aussi, tu vois comme il s’habille ! En outre, il fait des vers.

— Eh bien, fis-je, il ne manquait plus que cela !

— Des vers, mon ami, des vers ! et ne crois pas que je plaisante ; de vrais vers, des vers superbes. Il n’a qu’à voir n’importe quel objet pour faire des vers dessus. Un véritable talent ! Pour la fête de ma mère, il en avait composé de si beaux que nous n’en revenions pas d’étonnement. Le sujet était pris dans la mythologie ; il y avait des muses et c’était très bien rimé ! Foma lui avait corrigé cela. Naturellement, je n’y vois pas de mal ; j’en suis très content. Qu’il compose des vers s’il lui