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je me réserve jusqu’au moment favorable. Cependant, il faut que je l’enlève d’ici peu. La veille, je lui ferai la cour, je pousserai des soupirs ; je joue de la guitare assez bien pour accompagner mes chansons. Je lui fixerai un rendez-vous dans le pavillon pour la nuit et, à l’aube, la voiture sera prête. Je la mettrai dans la voiture et en route ! Vous concevez qu’il n’y a là aucun risque. Je la mènerai dans une pauvre, mais noble famille où l’on aura soin d’elle et, pendant ce temps-là, je ne perdrai pas une minute ; le mariage sera bâclé en trois jours. Il n’est pas douteux que j’aurai besoin d’argent pour cette expédition. Mais Yégor Ilitch est là ; et il me prêtera quatre ou cinq cents roubles sans se douter de leur destination. Avez-vous compris ?

— Je comprends à merveille, dis-je après réflexion. Mais, en quoi puis-je vous être utile ?

— Mais en beaucoup de choses, voyons ! Sans cela, je ne me serais pas adressé à vous. Je viens de vous parler de cette famille noble mais pauvre, et vous pourriez me rendre un grand service en étant mon témoin ici et là-bas. Je vous avoue que sans votre aide, je suis réduit à l’impuissance.

— Autre question : pourquoi avez-vous daigné