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lement mon intention n’est pas si absurde, mais qu’elle est tout à fait raisonnable. Et si vous voulez être assez bon pour en écouter tous les détails...

— De grâce ! Je suis tout oreilles.

— Du reste, ce ne sera pas long. Voici : je suis sans le sou et couvert de dettes. De plus, j’ai une sœur de dix-neuf ans, orpheline qui vit chez des étrangers sans autres moyens d’existence et c’est un peu de ma faute. Nous avions hérité de quarante âmes, mais cet héritage coïncida, par malheur, à ma nomination au grade de cornette ! J’ai commencé par engager notre bien ; puis j’ai dépensé le reste à faire la noce ; je suis honteux quand j’y pense ! Maintenant, je me suis ressaisi et j’ai résolu de changer d’existence. Mais, pour ce faire, il me faut cent mille roubles. Comme je ne puis rien gagner au service, comme je ne suis capable de rien et que mon instruction est presque nulle, il ne me reste qu’à voler ou à me marier richement. Je suis venu ici pour ainsi dire sans chaussures et à pied, ma sœur m’ayant donné ses trois derniers roubles quand je quittai Moscou. Aussitôt que je connus Tatiana Ivanovna, une pensée germa dans mon esprit. Je décidai immédiatement de me sacrifier et de l’épouser. Con-