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drez bien me faire la grande faveur de me donner votre parole de gentilhomme que tout ce que nous aurons dit restera entre nous, que vous ne trahirez ce secret pour personne et ne mettrez pas à profit l’idée que je crois indispensable de vous communiquer. Me donnez-vous votre parole ?

Le début était solennel. Je donnai ma parole.

— Eh bien ? fis-je.

— L’affaire, voyez-vous, est très simple. Je veux enlever Tatiana Ivanovna et l’épouser. Vous comprenez ?

— Je regardai M. Mizintchikov entre les deux yeux et fus quelques instants sans pouvoir prononcer une parole.

— Je dois vous avouer que je n’y comprends rien, déclarai-je à la fin, et d’ailleurs, je pensais avoir affaire à un homme sensé... je n’aurais donc pu prévoir...

— Ce qui signifie, tout simplement, que vous trouvez mon projet stupide, n’est-ce pas ?

— Du tout, mais...

— Oh ! je vous en prie ! Ne vous gênez pas. Tout au contraire, vous me ferez grand plaisir d’être franc ; nous nous rapprocherons ainsi du but. Je suis d’accord qu’à première vue, cela peut paraître étrange, pourtant, j’ose vous assurer que, non seu-