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temps de notre conversation : j’y pensais à l’instant même en te parlant. Je suis prêt à rester à genoux devant elle jusqu’à l’aube. Mais pense seulement, Foma, à ce que l’on exige de moi ! C’est injuste, cruel ! Sois généreux, fais mon bonheur ; réfléchis, décide, et alors... alors... je te jure...

— Non, Yégor Ilitch, non ; ce n’est pas mon affaire, répondit Foma. Vous savez fort bien que je ne me mêle pas de tout cela. Je vous sais convaincu que je suis la cause de tout, bien que je me sois toujours tenu à l’écart de cette histoire et dès le commencement, je vous le jure. Seule agit ici la volonté de votre mère qui ne cherche que votre bien, naturellement. Rendez-vous auprès d’elle ; courez-y et réparez, par votre obéissance, le mal que vous avez fait... Il faut que votre colère soit passée avant que le soleil ne se couche. Quant à moi, je vais prier pour vous toute la nuit. Voici longtemps déjà que je ne sais plus ce que c’est que le sommeil, Yégor Ilitch. Adieu ! Je te pardonne aussi, vieillard — ajouta-t-il en se tournant vers Gavrilo — je sais que tu n’as pas agi dans la plénitude de ta raison. Pardonne-moi si je t’ai offensé... Adieu, adieu à tous et que Dieu vous bénisse !

Foma sortit. Je me précipitai aussitôt dans la salle.