Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/203

Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Tu as raison, Foma.

— Dans votre grossièreté, vous heurtez les cœurs d’une façon si brutale, vous sollicitez l’attention d’une manière si prétentieuse que vous feriez sauver tout homme délicat à l’autre bout du monde.

Mon oncle soupira encore.

— Soyez plus doux, plus attentif pour les autres, témoignez-leur plus d’affection ; pensez aux autres plus qu’à vous-même et vous ne serez pas oublié non plus. Vivez, mais laissez vivre les autres, tel est mon principe ! Souffre, travaille, prie, espère ! voilà les règles de conduite que je voudrais inculquer à l’humanité entière ! Suivez-les et je serai le premier à vous ouvrir mon cœur, à pleurer... s’il le faut, sur votre poitrine. Tandis que vous ne vivez que pour vous ; c’est lassant à la fin !

— « Homme aux douces paroles ! » prononça dévotement Gavrilo.

— Tout cela est vrai, Foma ; je le sens acquiesça mon oncle, tout ému. Mais tout n’est pas de ma faute ; j’ai été élevé ainsi ; j’ai vécu parmi les soldats. Je te jure, Foma, que j’étais très sensible. Quand je fis mes adieux au régiment, tous les hussards, toute la brigade