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saisir au lecteur qu’en lui expliquant le caractère de Foma Fomitch, tel que je le compris plus tard moi-même.

Imaginez-vous un être parfaitement insignifiant, nul, niais, un avorton de la société, sans utilisation possible, mais rempli d’un immense et maladif amour-propre que ne justifiait aucune qualité. Je tiens à prévenir mes lecteurs : Foma Fomitch est la personnification même de cette vanité illimitée qu’on rencontre surtout chez certains zéros, envenimés par les humiliations et les outrages, suant la jalousie par tous les pores au moindre succès d’autrui. Il n’est pas besoin d’ajouter que tout cela s’assaisonne de la plus extravagante susceptibilité.

On va se demander d’où peut provenir une pareille infatuation. Comment peut-elle germer chez d’aussi pitoyables êtres de néant que leur condition même devrait renseigner sur la place qu’ils méritent ? Que répondre à cela ? Qui sait ? Il est peut-être parmi eux des exceptions au nombre desquelles figurerait mon héros. Et Foma est, en effet, une exception, comme le lecteur le verra par la suite. En tout cas, permettez-moi de vous le demander ; êtes-vous bien sûr que tous ces résignés, qui considèrent comme un bonheur de