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de vous de véritables foyers de vertu. Mais vous étiez tellement gonflé de votre titre de colonel qu’il vous paraissait dur de me traiter en général. Voilà où il faut chercher les causes de votre refus et non dans je ne sais quel attentat à la hiérarchie. Tout cela vient de ce que vous êtes colonel et que je ne suis que Foma !

— Non, Foma, non ; je t’assure que tu te trompes. Tu es un savant et non simplement Foma... J’ai pour toi la plus grande estime.

— Vous m’estimez ! Fort bien ! Veuillez alors me dire, du moment que vous m’estimez, si je ne suis pas digne selon vous du titre de général ? Répondez nettement et immédiatement : en suis-je digne ou non ? Je veux me rendre compte de votre degré d’intelligence et de votre esprit.

— Par ton honnêteté, par ton désintéressement, par la grandeur d’âme, tu en es digne, proclama mon oncle avec orgueil.

— Alors, si j’en suis digne, pourquoi ne voulez-vous pas me dire : Votre Excellence ?

— Foma, je te le dirai, si tu y tiens.

— Je l’exige ! je l’exige ! colonel. J’insiste et je l’exige précisément parce que je vois combien cela vous est pénible. Ce sacrifice sera le commencement des exploits qu’il vous faut accomplir pour