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cœur et que vous répétez comme un perroquet. Vous ne comprenez donc pas que vous m’avez humilié, que vous m’avez fait affront par ce refus de m’appeler Excellence ! Vous m’avez déshonoré pour n’avoir pas compris mes raisons ; vous m’avez rendu ridicule comme un vieillard à lubies que guette l’asile des aliénés. Est-ce que je ne sais pas moi-même qu’il eût été ridicule pour moi d’être appelé Votre Excellence, moi qui méprise tous ces grades, toutes ces grandeurs terrestres sans valeur intrinsèque si elles ne s’accompagnent pas de vertu ? Pour un million, je n’accepterai pas le grade de général sans vertu. Cependant, vous m’avez pris pour un dément quand c’était à votre bien que je sacrifiais mon amour-propre en permettant que vous et vos savants, vous pussiez me regarder comme fou ! Ce n’était que pour éclairer votre raison, pour développer votre moralité, pour vous inonder des rayons des lumières nouvelles, que j’exigeais de vous le titre de général. Je voulais justement arriver à vous convaincre que les généraux ne sont pas forcément les plus grands astres du monde ; je voulais vous prouver qu’un titre n’est rien sans une grande âme, qu’il n’y avait pas tant à se réjouir de la visite de ce général, alors qu’il se trouvait peut-être tout près