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sement cette fosse dans laquelle vous venez de me pousser ! Pourquoi, depuis si longtemps, ne m’avez-vous pas assommé du manche de votre bêche ? Pourquoi, dès le commencement, ne m’avez-vous pas tordu le cou comme à un poulet qui... qui ne peut pondre des œufs ! Oui, c’est bien cela ! Je tiens à cette comparaison, colonel, quoi qu’elle soit empruntée à la vie des campagnes et qu’elle rappelle la plus triviale littérature ; j’y tiens parce qu’elle prouve l’absurdité de vos accusations ; je suis juste aussi coupable envers vous que ce poulet qui a mécontenté son maître en ne pouvant lui donner d’œufs ! De grâce, colonel, est-ce ainsi que l’on paie un ami, un frère ? Et pourquoi voulez-vous m’acheter ? pourquoi ? « Tiens, mon frère bien-aimé, je suis ton débiteur, tu m’as sauvé la vie : prends donc ces deniers de Judas, mais disparais de ma vue ! » Que c’est simple ! Quelle brutalité ! Vous vous figuriez que je convoitais votre or, tandis que je ne nourrissais que des pensées séraphiques pour l’édification de votre bonheur ! Oh ! vous m’avez brisé le cœur ! Vous vous êtes joué de mes sentiments les plus purs, comme un enfant de son hochet ! Il y avait longtemps, colonel, que je prévoyais cette avanie et voilà pourquoi il y a long-