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calme-toi, fit courageusement mon oncle. Assieds-toi et causons sérieusement en amis et en frères. Assieds-toi, Foma.

Foma Fomitch s’assit solennellement dans un fauteuil. Mon oncle se mit à arpenter la pièce à pas précipités et irréguliers, ne sachant évidemment par où commencer.

— Tout à fait en frères, répéta-t-il. Tu vas comprendre, Foma, tu n’es pas un enfant ; je n’en suis pas un non plus ; en un mot, nous sommes tous deux en âge... Hem ! Vois-tu Foma, il y a sur certains points des malentendus entre nous... oui, sur certains points. Alors, ne vaudrait-il pas mieux se séparer ? Je suis convaincu que tu es un noble cœur, que tu ne me veux que du bien et que c’est pour cela que tu... Mais assez de paroles superflues ! Foma, je suis ton ami pour la vie et je te le jure sur tous les saints ! Voici quinze mille roubles ; c’est tout ce que je possède en numéraire ; j’ai gratté les dernières miettes et je fais du tort aux miens. Prends-les sans crainte ! Toi, tu ne me dois rien ; je dois t’assurer la vie. Prends sans crainte ! Toi, tu ne me dois rien, car jamais je ne pourrai te payer tout ce que tu as fait pour moi et que je reconnais parfaitement, quoique nous ne nous entendions pas en ce moment sur un point capital.