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servir et te respecter parce que je suis né dans l’état de servitude ; je dois remplir tous mes devoirs en tremblant de crainte. Quand tu écris un livre, mon devoir est de ne laisser personne entrer chez toi ; c’est en cela que consiste mon service. Faut-il faire quelque chose pour toi ? c’est avec le plus grand plaisir. Mais, sur mes vieux jours, vais-je me mettre à aboyer un langage étranger et à faire le pantin devant le monde ? Je ne peux plus paraître parmi les domestiques : « Français, tu es Français ! » me crient-ils. Non, monsieur Foma Fomitch, je ne suis pas seul de mon avis, moi, pauvre sot ; tous les bonnes gens commencent à dire d’une seule voix, que vous êtes devenu tout à fait méchant et que notre maître n’est devant vous qu’un petit garçon et que, quoique vous soyez le fils d’un général, quoique vous eussiez pu l’être vous-même, vous n’en êtes pas moins un méchant homme, méchant comme une furie !

Gavrilo avait fini. J’exultais. Tout pâle de rage Foma Fomitch ne pouvait revenir de la surprise où l’avait plongé le regimbement inattendu du vieux Gavrilo ; il semblait se consulter sur le parti à prendre. Enfin, l’explosion se produisit :

— Comment ? Il ose m’insulter, moi ! moi !