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les mœurs de ce pays, non par la musique, mais par l’enseignement de la langue française. Voyons ce français, Monsieur.

— Sais-tu ta leçon ?

— Je l’ai apprise, répondit Gavrilo en baissant la tête.

— Et parlez-vous français ?

Voui, moussié, jé parle in pé...

Était-ce l’air morne de Gavrilo ou le désir d’exciter l’hilarité que tout le monde devinait chez Foma, mais, à peine le vieillard eut-il ouvert la bouche que tout le monde éclata. La générale elle-même condescendit à rire. Anfissa Pétrovna se renversa sur le dossier du canapé, poussant des cris de paon et se couvrant le visage de son éventail. Mais ce qui parut le plus amusant, c’est que Gavrilo, voyant la tournure que prenait l’examen, ne put se retenir de cracher en marmottant d’un ton de reproche :

— Dire qu’il me faut supporter une pareille honte à mon âge !

Foma Fomitch s’émut.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu as dit ? Voilà que tu fais l’insolent ?

— Non, Foma Fomitch, répondit Gavrilo avec dignité, je ne fais pas l’insolent ; un paysan