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d’âme du général avec mention de son grade et de ses décorations. La majeure partie de ce travail épigraphique était due à Foma Fomitch.

Pendant longtemps, la générale refusa le pardon à son fils révolté. Entourée de ses familiers et de ses chiens, elle criait à travers ses sanglots qu’elle mangerait du pain sec, qu’elle boirait ses larmes, qu’elle irait mendier sous les fenêtres plutôt que de vivre à Stépantchikovo avec « l’insoumis » et que jamais, jamais elle ne mettrait les pieds dans cette maison. Les dames prononcent d’ordinaire ces mots : les pieds avec une grande véhémence, mais l’accent qu’y savait mettre la générale était de l’art. Elle donnait à son éloquence un cours intarissable... cependant qu’on préparait activement les malles pour le départ.

Le colonel avait fourbu ses chevaux à faire quotidiennement les quarante verstes qui séparaient Stépantchikovo de la ville, mais ce fut seulement quinze jours après l’inhumation qu’il obtint la permission de paraître sous les regards courroucés de sa mère.

Foma Fomitch menait les négociations. Quinze jours durant, il reprochait à l’insoumis sa conduite « inhumaine », le faisait pleurer de repentir, le poussait presque au désespoir, et ce fut le