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— Ce n’est qu’une chanson ! Et vous n’avez pas honte de m’avouer que vous la connaissez, vous, un homme du monde, vous, un colonel ! Vous, le père d’enfants innocents et purs ! Ce n’est qu’une chanson ! Mais il n’est pas douteux qu’elle fut suggérée par un fait réel ! Ce n’est qu’une chanson ! Mais quel honnête homme avouera la connaître et l’avoir entendue, sans mourir de honte ? Qui ? Qui ?

— Mais tu la connais toi-même, Foma, puisque tu m’en parles ainsi ! répondit mon oncle dans la simplicité de son âme.

— Comment ! Je la connais ! Moi ! Moi !... C’est-à-dire... On m’offense ! s’écria tout à coup Foma bondissant de sa chaise, en proie à la plus folle rage. Il ne s’attendait pas à une réplique aussi écrasante.

Je ne décrirai pas la colère de Foma. Le colonel fut ignominieusement chassé de la présence de ce prêtre de la moralité, en châtiment d’une réponse indécente et déplacée. Mais de ce jour, Foma s’était bien juré de surprendre Falaléi en flagrant délit de Kamarinskaïa. Le soir, alors que tout le monde le croyait occupé, il gagnait le jardin en cachette, contournait les potagers et se blottissait dans les chanvres d’où il commandait le petit