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pas que les comportements légers et inexplicables de ce volage campagnard lui plussent particulièrement, non : il s’adonnait à la Kamarinskaïa parce qu’il lui était impossible d’en entendre les accents sans danser. Et parfois, le soir, deux ou trois laquais, les cochers, le jardinier qui jouait du violon et aussi les dames de la domesticité, se réunissaient en quelque endroit écarté de la maison des maîtres, le plus loin possible de Foma Fomitch, et là se déchaînaient la musique, les danses et, finalement, la Kamarinskaïa. L’orchestre se composait de deux balalaïkas, d’une guitare, d’un violon et d’un tambourin que Mitiouchka maniait avec une incomparable maëstria. Et il fallait voir Falaléi se donner carrière ; il dansait jusqu’à perte de conscience, jusqu’à extinction de ses dernières forces. Encouragé par les cris et les rires de l’assistance, il poussait des hurlements perçants, riait, claquait des mains. Il bondissait, comme entraîné par une force prestigieuse qui le dominait et il s’appliquait avec zèle à suivre le rythme toujours accéléré de l’entraînante chanson et ses talons frappaient la terre. Il y trouvait une immense volupté qui se fut perpétuée pour sa joie, si le tapage occasionné par la Kamarinskaïa n’était parvenu aux oreilles de Foma