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veux-tu ? demanda-t-il à Gavrilo, qui, tout tremblant, était entré dans la chambre.

Gavrilo n’était pas seul. Il était accompagné d’un jeune garçon de seize ans et très beau, je sus plus tard qu’on ne l’avait pris dans la maison que pour sa beauté. Il s’appelait Falaléi et portait un accoutrement spécial : chemise de soie rouge à col galonné, ceinture tissée de fils d’or, pantalon de velours noir et bottes en chevreau à revers rouges. Ce costume était de l’invention de la générale. L’enfant sanglotait et les larmes coulaient de ses beaux yeux bleus.

— Qu’est-ce encore que cela ? exclama mon oncle. Qu’est-il arrivé ? Mais parle donc, brigand !

— Foma Fomitch nous a ordonné de nous rendre ici ; il nous suit, répondit le malheureux Gavrilo. Moi, c’est pour l’examen, et lui...

— Et lui ?

— Il a dansé ! répondit Gavrilo avec des larmes dans la voix.

— Il a dansé ! s’écria mon oncle avec terreur.

— J’ai dansé ! sanglota Falaléi.

— Le Kamarinski [1] ?

  1. Danse populaire russe, sur l’air d’une chanson relatant les hauts faits d’un paysan de ce nom. On l’appelle aussi la Kamarinskaïa.