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— On permet cela ! On veut la laisser tuer sa grand-mère ! brama Pérépélitzina.

— Sacha ! Sacha ! Tais-toi ! Qu’as-tu ? criait mon oncle courant de sa mère à sa fille et de sa fille à sa mère.

— Je ne me tairai pas, petit père ! cria Sacha, en bondissant tout à coup de sa chaise. — Elle frappait du pied et ses yeux lançaient des éclairs. — Je ne me tairai pas ! Nous avons tous par trop souffert à cause de ce méchant Foma Fomitch. Il va nous perdre tous parce qu’à chaque instant on lui répète qu’il est plein d’esprit, magnanime, généreux, savant, qu’il est le résumé, le pot-pourri de toutes les vertus, et il le croit, l’imbécile ! On lui a servi tant de plats sucrés que tout autre à sa place en aurait eu honte ; mais lui, il a avalé tout ce qu’on lui a présenté et il en redemande encore. Vous allez voir qu’il nous dévorera tous par la faute de papa ! Oh ! le méchant Foma ! Je dis ce que j’ai à dire et je n’ai peur de personne. Il est bête, capricieux, malpropre, grossier, cruel, tyran, calomniateur, menteur !... Ah ! s’il ne tenait qu’à moi, il y a longtemps qu’on l’aurait chassé d’ici ; mais papa l’adore ; papa en est fou !

— Ah ! — La générale fit un cri et s’affaissa sur le divan.