Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/125

Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Comment ? Ce n’est pas son anniversaire ? s’exclama mon oncle absolument ahuri.

— Non, petit père ; ce n’est pas son anniversaire. Vous imaginez cela pour vous tromper vous-même et pour contenter Foma Fomitch. Son anniversaire fut célébré au mois de mars, et vous vous en souvenez bien : nous fûmes en pèlerinage au monastère ; Foma ne cessa de se plaindre que le cousin lui avait broyé les côtes et pinça ma tante à deux reprises, par pure méchanceté. Et, quand nous lui avons souhaité sa fête, à lui, il se fâcha de ce qu’il n’y avait pas de camélias dans notre bouquet. « J’aime les camélias, nous dit-il, parce que j’ai des goûts distingués et vous avez regardé à dégarnir votre serre pour moi ! » Toute la journée, il fut de mauvaise humeur et ne nous adressa plus la parole...

J’imagine qu’une bombe tombant au milieu de la chambre n’aurait pas mieux surpris et épouvanté l’assemblée que cette révolte subite, et de qui ? d’une fillette à qui défense était faite d’élever seulement la voix à table en présence de sa grand-mère ! Atterrée, stupéfaite, folle de colère, la générale se redressa les yeux fixés sur l’insolente enfant, et n’en pouvant les croire.