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plus admirer de généraux alors que d’autres leur sont peut-être supérieurs ! » Alors, je le confesse devant tous, je n’y tins plus. « Foma Fomitch, lui dis-je, cela est impossible. Je ne saurais me résoudre à une chose pareille. Ai-je le droit de te faire général ? Penses-y toi-même ; qui donc possède ce pouvoir ? Voyons, comment te dirais-je : Votre Excellence ? Ce serait attenter aux choses les plus saintes ! Mais, un général, c’est l’honneur de la Patrie ; il a combattu ; il a versé son sang sur le champ de bataille !... » Il n’a rien voulu entendre. « Foma, je ferai tout ce que tu voudras. Tu m’as demandé de raser mes favoris que tu trouvais antipatriotiques ; je les ai rasés à contrecœur, mais je les ai rasés. Je ferai d’autres sacrifices si tu le désires ; renonce seulement à te faire traiter en général ! — Non, dit-il, je ne me réconcilierai que lorsqu’on m’appellera Votre Excellence. Ce sera fort salutaire à votre moralité en abaissant votre orgueil. Et voilà huit jours qu’il ne me parle plus. Il en veut à tous ceux qui viennent ici. Il a su que tu es un savant... et par ma faute ; je n’ai pas su tenir ma langue. Il m’a alors déclaré qu’il ne resterait pas une minute de plus dans la maison, si tu y venais. « Alors, moi, je ne suis donc plus un savant pour vous ? »... Que sera-ce