Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/112

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ma femme est une esclave, et il nous faut flatter les gens ; il y a toujours quelque chose à y gagner. Il faut mettre du sucre, plus de sucre dans tout, en ajouter encore ; ce n’en sera que meilleur pour la santé. Je vous le dit en secret et ça pourra vous servir... Je suis bouffon parce que je n’ai pas de chance.

— Hi ! hi ! hi ! Ah ! quel vieux polisson ! Il ne manque jamais de nous faire rire ! s’écria Anfissa Pétrovna.

— Petite mère ma bienfaitrice, il est aisé de vivre en faisant la bête. Si je l’avais su plus tôt, je me serais mis jocrisse dès ma jeunesse et n’en serais peut-être maintenant que plus intelligent. Mais, ayant voulu avoir de l’esprit de fort bonne heure, je ne suis plus qu’un vieil imbécile !

— Dites-moi donc, je vous prie, interrompit Obnoskine à qui certaine allusion à ses talents avait sans doute déplu. (Il était vautré, fort librement vautré dans un fauteuil et examinait le vieillard à travers son lorgnon.) — Dites-moi donc votre nom, s’il vous plaît... Je l’oublie toujours... comment donc ?

— Ah ! Mon petit père, mon nom, si vous le voulez, est Éjévikine ; mais quel profit en retirerez-vous ? Voilà huit ans que je suis sans place,